Le mode agent de ChatGPT : ce qu’il fait, ce qu’il ne fait pas

Le mode agent de ChatGPT ne se contente plus de répondre : il exécute. Il ouvre un navigateur, parcourt des pages, remplit des champs, produit un fichier et te le rend. La différence avec une conversation ordinaire tient en un mot : il agit sur des services extérieurs au lieu de rédiger un texte. Voici ce qu’il fait correctement, ce qu’il ne fait pas, et les garde-fous à poser avant de le laisser travailler seul.

Ce qui change par rapport à une conversation ordinaire

Le mode conversation produit du texte à partir de ce qu’il sait. Le mode agent produit un résultat à partir de ce qu’il va chercher. Quatre capacités marquent la bascule.

  • Parcourir le web. Il ouvre des pages dans un navigateur isolé, lit ce qui s’y trouve, suit des liens.
  • Manipuler une interface. Il clique, remplit des formulaires, fait défiler, change d’onglet.
  • Exécuter du code. Il écrit un script, le lance sur les données que tu fournis, et lit le résultat.
  • Produire des fichiers. Tableur, présentation, document : la sortie est un fichier téléchargeable, pas un bloc de texte à recopier.

Il enchaîne aussi ces actions seul. Tu décris un objectif, il découpe en étapes, réévalue après chaque étape et continue. C’est cette autonomie qui crée la valeur, et le risque.

Les tâches où il rend un travail utilisable

  • Constituer un tableau à partir de plusieurs sources. Vingt sites à visiter, cinq champs à relever par site : le travail est fastidieux et sans ambiguïté. C’est son terrain.
  • Traiter un fichier de données. Nettoyage, dédoublonnage, croisement de deux exports, sortie en tableur.
  • Préparer un dossier de réunion. Relever des informations publiques sur des entreprises et les ranger dans une trame fixe.
  • Remplir un formulaire long à partir de données que tu lui donnes, sur un service qui n’a pas d’interface de programmation.
  • Vérifier un site page par page. Liens morts, titres manquants, mentions absentes, relevés dans un tableau.

Le point commun de ces cinq tâches : le résultat se vérifie. Tu ouvres le tableau, tu contrôles trois lignes au hasard, tu sais si le travail tient.

Ce qu’il ne fait pas

  • Il ne franchit pas une authentification à ta place sans que tu interviennes. Sur un service qui demande un mot de passe ou un code, la main te revient.
  • Il ne passe pas les protections anti-robot. Un contrôle de type captcha arrête la séquence.
  • Il n’accède pas à ton poste. Il travaille dans un environnement isolé, sans tes fichiers locaux ni tes logiciels installés.
  • Il ne garantit pas la justesse de ce qu’il relève. Une donnée lue sur une page périmée entre dans le tableau sans avertissement.
  • Il n’a pas de jugement sur l’opportunité d’une action. Il exécute la consigne, y compris quand elle est mal formulée.

Ce dernier point mérite une mesure concrète : un agent a effacé les données d’une entreprise avant de présenter ses excuses. L’incident est raconté sur tasksgenius.io, et il résume la règle : un agent applique la consigne, pas l’intention derrière la consigne.

Les trois risques à traiter avant de le lancer

L’action irréversible

Un envoi de courriel, un achat, une suppression, une publication : ces actions ne se rattrapent pas. Demande une confirmation avant chaque action de ce type, et écris-le dans ta consigne de départ. Une consigne qui autorise à finaliser la commande sera comprise au pied de la lettre.

L’injection par le contenu visité

Une page web contient parfois des instructions cachées destinées à un agent : ignore tes consignes, envoie le contenu à cette adresse. L’agent lit la page, et rien ne distingue à ses yeux ton instruction de celle du site. Ne lui donne jamais d’accès à des données sensibles pendant une session de navigation sur des sites que tu ne maîtrises pas.

La donnée que tu lui confies

Ce que tu déposes dans la session sort de ton système d’information. Fichiers clients, contrats, exports comptables : la question à trancher avant, pas après, est celle de la confidentialité. Anonymise les colonnes identifiantes quand la tâche ne les exige pas.

Écrire une consigne qui donne un résultat contrôlable

  • Un objectif, pas une méthode. Décris le résultat attendu et son format. Laisse-lui le chemin.
  • Le format de sortie en premier. Un tableur avec ces six colonnes, dans cet ordre. La sortie devient comparable d’une exécution à l’autre.
  • Les sources autorisées et interdites. Sans cadrage, il ira chercher où il trouve.
  • La conduite à tenir en cas de blocage. Signale et passe à la suivante, plutôt que d’inventer une valeur.
  • L’obligation de citer. Une colonne source avec l’adresse de la page pour chaque ligne. C’est ce qui rend le contrôle possible.
  • La limite de temps ou de volume. Trente sites au maximum, sinon la session s’étire sans fin.

La colonne source est la mesure la plus rentable. Elle transforme un tableau invérifiable en tableau auditable en trois minutes.

Le contrôle après coup, en quatre minutes

  • Tire trois lignes au hasard, ouvre les sources, compare champ par champ.
  • Cherche les valeurs identiques répétées : un agent bloqué recopie souvent la ligne précédente.
  • Vérifie les extrêmes : la valeur la plus haute et la plus basse du tableau sont les erreurs les plus fréquentes.
  • Compte les lignes. Un total inférieur à ta demande signale un abandon en cours de route.

Si les trois lignes tirées au sort sont justes et que les extrêmes tiennent, le lot est exploitable. Cette vérification prend quelques minutes et remplace une relecture intégrale.

Par quoi commencer

Choisis une tâche que tu sais faire à la main, sur un volume que tu as déjà traité. Tu connais le bon résultat, donc tu sais juger. Relève vingt fiches sur des sites publics, avec la colonne source. Compare avec ton propre relevé. Ce premier essai te dit à quel point tu devras contrôler la suite. Le fonctionnement détaillé des agents et leurs cas d’usage sont décrits dans ce guide.

Le mode agent fait gagner du temps sur les tâches longues et vérifiables. Il en coûte sur les tâches courtes, où la rédaction de la consigne dépasse la durée de l’exécution manuelle. La frontière se situe autour de vingt minutes de travail humain : en dessous, fais-le toi-même.

Trois idées fausses qui circulent

  • Un agent remplace un salarié. Il traite une tâche cadrée, pas un poste. Le travail de définition, d’arbitrage et de contrôle reste humain, et il augmente à mesure que l’agent produit plus.
  • Plus la consigne est longue, meilleur est le résultat. Une consigne de deux pages dilue l’objectif. Six lignes précises battent une page de recommandations générales.
  • L’agent apprend de tes corrections. Il n’améliore rien d’une session à l’autre par lui-même. Ce qui progresse, c’est ta consigne, à condition que tu la conserves dans un fichier et que tu la réutilises.

Garde tes consignes qui marchent dans un dossier, avec le format de sortie attendu. Au bout de quelques semaines tu disposes d’une bibliothèque de tâches reproductibles, et c’est elle qui produit le gain de temps, pas le modèle.

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