Depuis plusieurs mois, l’augmentation du chômage chez les jeunes suscite de vifs débats, pointant souvent du doigt l’intelligence artificielle (IA) comme principale responsable. Pourtant, des analyses récentes remettent en question cette corrélation hâtive. Alors que l’intégration des technologies innovantes bouleverse le marché du travail, il apparaît que l’impact de l’IA sur l’emploi des jeunes n’est pas aussi direct qu’on le pense. Deux études majeures menées aux États-Unis et en Europe mettent en lumière un autre facteur : le télétravail, introduit et généralisé suite à la pandémie, pourrait être le véritable moteur de cette hausse du chômage. Cette nouvelle perspective invite à réévaluer le rôle de la technologie dans l’économie, tout en soulignant les défis d’adaptation posés par les transformations organisationnelles qui l’accompagnent.
Analyse récente : démêler les effets de l’intelligence artificielle et du télétravail sur le chômage des jeunes
Les bouleversements liés à l’automatisation et à l’intelligence artificielle occupent une place centrale dans les débats économiques depuis plusieurs années. Une étude de 2025 conduite par des chercheurs de l’université de Stanford avait initialement conclu à une baisse notable de l’emploi, notamment chez les jeunes âgés de 22 à 25 ans, dans des professions exposées à l’IA, telles que développeurs logiciels ou conseillers service client. Cependant, la complexité du marché du travail impose de considérer d’autres facteurs concomitants.
Des chercheurs de la Réserve fédérale américaine (Fed) et d’institutions britanniques ont ainsi apporté un nouveau regard. Ils montrent que l’évolution du télétravail, lui aussi fortement lié aux métiers dits « exposés à l’IA », est plus étroitement corrélée à l’augmentation du chômage chez les jeunes que la seule présence de ces technologies. Par exemple, dans les emplois télétravaillables, le taux de chômage des moins de 29 ans a augmenté de manière plus significative que dans les métiers nécessitant une présence physique, où le taux est revenu à des niveaux pré-pandémie. Cette nuance est essentielle pour comprendre que l’organisation du travail influe largement sur l’emploi, en particulier des jeunes diplômés en début de carrière.
Le télétravail, facteur clé de la hausse du chômage des jeunes diplômés
Selon les économistes de la Fed, le télétravail pourrait expliquer jusqu’à 64 % de la hausse du chômage chez les jeunes depuis 2017. Cette tendance s’explique notamment par la nécessité d’un accompagnement rapproché des nouvelles recrues. En situation présentielle, la proximité favorise les échanges, les retours constructifs et la formation directe, éléments parfois difficilement transposables à distance. De fait, les entreprises sont plus réticentes à investir dans la formation de jeunes employés quand la supervision est fragmentée par le travail à distance.
Cette configuration modifie la donne sur le marché du travail : les profils débutants, souvent moins autonomes, deviennent plus coûteux à intégrer. Par conséquent, les employeurs privilégient des profils expérimentés pouvant être plus facilement supervisés à distance. Cette hypothèse souligne un impact économique significatif de la transition numérique, allant bien au-delà de la simple substitution via automatisation et intelligence artificielle.
Des études croisées : élucider la part véritable de l’intelligence artificielle dans le marché du travail
Une étude menée par deux universitaires britanniques, l’un de la London School of Economics, l’autre d’Oxford, donne un éclairage complémentaire sur ce débat. Exploitant plusieurs bases de données relatives aux embauches dans quatre pays anglophones entre 2017 et 2025, ils ont mis en évidence que la baisse relative des embauches chez les jeunes dans les métiers liés à l’IA disparaît quand on exclut l’influence du télétravail.
Cette analyse révèle un double exposant : les emplois susceptibles d’être affectés par l’IA sont également ceux les plus compatibles avec le télétravail. Une forte corrélation donc, qui souligne qu’attribuer la hausse du chômage à la technologie seule constitue une idée reçue simpliste. Ainsi, la conjoncture actuelle pousse à s’intéresser davantage aux nouvelles modalités de travail et à leurs répercussions sur l’emploi jeune, plutôt qu’à pointer uniquement du doigt l’IA.
Besoin d’adaptation et d’innovation organisationnelle pour intégrer les jeunes sur le marché du travail
Dans ce contexte mouvant, la supervision et la formation en situation réelle apparaissent cruciales pour intégrer efficacement les jeunes salariés. Le travail en présentiel permet une interaction plus fluide et un feedback continu, notamment nécessaire pour les débutants. L’absence de ce contact direct via le télétravail pourrait freiner leur montée en compétences et augmenter le risque d’exclusion.
Ces constats invitent employeurs et décideurs à repenser l’organisation du travail hybride et les modes de formation. Des dispositifs de mentorat, des formations adaptées et une attention accrue à la socialisation professionnelle pourraient atténuer les effets négatifs observés. Cela rejoint les discussions actuelles sur la nécessité de garantir que tous les travailleurs bénéficient des avancées et des gains générés par l’intelligence artificielle pour enrichir le marché de l’emploi et renforcer l’innovation.
Au-delà du débat sur l’impact de l’IA, ces travaux montrent que la transformation du travail induite par le télétravail mérite une attention particulière pour adresser les défis du marché du travail et favoriser une insertion durable des jeunes. Ces résultats soulignent combien la maîtrise des technologies doit s’accompagner d’une évolution des pratiques managériales et organisationnelles pour un impact économique réellement positif.