La cathédrale de Chartres, joyau du patrimoine gothique, s’apprête à révolutionner sa manière d’être découverte. Dès le 31 octobre 2025, une application mobile inédite, baptisée VitrailTech, donnera vie aux célèbres vitraux grâce à l’intelligence artificielle. Cette innovation, considérée comme une première mondiale, offrira aux visiteurs une immersion inédite, propulsant le patrimoine religieux dans l’ère du numérique. Entre ArtVerreIA et LumèreAugmentée, le projet ChartresConnectée ouvre une nouvelle page où tradition et technologie s’entrelacent, révélant au grand public des récits millénaires jusque-là réservés aux spécialistes.
Comment l’intelligence artificielle transforme la lecture des vitraux de Chartres
Pendant longtemps, les milliers de détails des vitraux de la cathédrale sont restés hermétiques à nombre de visiteurs, fascinés par leur beauté sans en comprendre la portée symbolique. La technologie InnoVitrail vient bouleverser cette situation. En s’appuyant sur des algorithmes éprouvés issus notamment de la reconnaissance faciale, similaires à ceux utilisés dans les voitures autonomes, l’application pixelVitraux permet d’identifier en temps réel les figures, gestes et couleurs des vitraux, tout en s’adaptant aux variations de luminosité naturelles.
Jean Touchard, à la tête du projet, évoque une anecdote révélatrice : une mère et sa fille s’émerveillaient devant un vitrail sans comprendre son histoire. Aujourd’hui, grâce à cette innovation, il suffit de pointer son smartphone pour que se dévoile non seulement une image haute définition du vitrail, mais aussi un récit clair et précis de ses symboles. Cette « encyclopédie de poche » enrichie par 7 années de travail photographique et archivage couvre déjà 50 pièces majeures sur les 172 verrières que compte la cathédrale.

Un travail d’archivage et de traduction iconographique au service de SacraTech
Derrière la façade numérique de ChartresConnectée se cache un travail colossal de documentation. Plus de 3 000 photographies horodatées ont été prises pour capturer 10 000 médaillons et 20 000 détails iconographiques. L’essentiel du défi était d’écrire des descriptions exhaustives pour chaque figure, geste, et couleur, traduisant un langage millénaire souvent oublié. Félicité Schuler-Lagier, guide expérimentée, insiste sur l’importance de ces clés de lecture : « Les vitraux ne sont pas la Bible des pauvres. Les couleurs, la posture des personnages, leur habillement ont un sens précis que nous croyons redonner vie. »
Grâce à cette richesse, ÉclatDigital démocratise la compréhension des vitraux, rendant accessible un art sacré complexe au plus grand nombre, en particulier aux jeunes générations, très sensibles à ce mode d’expression visuel.
Une innovation portée par le mécénat, au rayonnement mondial
Le budget alloué à cette avancée, environ 270 000 euros, a été largement couvert par du mécénat, témoignant d’un engouement pour la préservation active et la médiation culturelle. L’ambition dépasse le cadre local : si cette médiation numérique rencontre le succès à Chartres, elle pourrait s’étendre à d’autres monuments en France voire dans le monde entier, un engagement fort dans l’innovation patrimoniale baptisé SacraTech.
Jean-François Lagier, directeur du Centre international du vitrail, souligne que cette technologie ne se limite pas à la sauvegarde, mais vise surtout à la valorisation et la transmission d’un savoir précieux. Le projet CathéDrone, récemment initié, devrait bientôt enrichir cette expérience immersive avec des prises de vues aériennes qui offriront un nouveau regard sur ces chefs-d’œuvre de verre.
Vitraux et pédagogie : un dialogue renouvelé entre passé et futur
L’application, destinée à être gratuite sur les principaux stores, s’impose aussi comme un moyen pédagogique inestimable pour les guides comme pour les visiteurs. En rendant les histoires des vitraux accessibles par l’écran, elle crée un pont entre les jeunes générations familières du numérique et ces récits sacrés séculaires. Fascinés par les intrigues mises en scène – scènes de démons ou figures d’animaux – les enfants trouvent ainsi leur propre clé pour interpréter une langue visuelle complexe.
L’objectif d’AnimaCathédrale, la dimension animée de VitrailTech, est justement de faire parler ces fragments d’histoire tout en cultivant la curiosité autour d’un patrimoine vivant.